Lettre à l’ABPM de Mme Marie X.

 

Nous avons reçu ce courrier de l’épouse d’un de nos adhérents dont nous tairons, bien entendu, le nom. Il se reconnaîtra, car il doit bien être le seul à se comporter de cette façon…
Nous l’invitons instamment à rassurer son épouse.

Chers Messieurs, 

Mon mari est pêcheur. Je suppose qu’il n’est pas indispensable d’attraper du poisson pour être pêcheur, et c’est aussi, un peu, ce que je voudrais savoir. C’est, ma foi, une bonne âme, même s’il profite, quelquefois, de ma bonne nature et – le pense-t-il ? – de ma prétendue ignorance de la pêche à la mouche, une de ses passions (J’ose encore espérer, secrètement, en être la principale…)

Vous les pêcheurs, un peu comme les francs-maçons, vous formez une ligue pour dissimuler vos défauts et autres manies, car, quand vous abordez votre sujet préféré, il n’y a plus de limites. Les poissons grossissent et les prises s’ajoutent au fil de la conversation, à tel point que, quand vous vous quittez, vous en êtes à peu près persuadés. Je connais l’axiome des pêcheurs, qui dit qu’un poisson manqué n’a jamais pesé moins d’une livre, et, comme tout poisson manqué fait partie d’une espèce particulière, le soir-même, il a doublé de poids ; une semaine plus tard, c’est devenu un monstre… Je dois avouer que lorsque mon compagnon commence à évoquer la pêche je sais, malgré son honnêteté, qu’il me raconte des histoires (qu’il s’efforce de croire !)

N’épargnant pas sa santé, souvent, il sort pêcher par les pires temps, froid, neige, pluie. Sa journée de pêche serait émaillée de nombreuses captures, truites et saumons…(Je lui ai déconseillé d’aller au bar…) mais je ne vois jamais de poisson dans mon assiette (1). Serait-il adepte du « no-kill » – sans doute un étrange rite corporatiste –  ou donnerait-t-il ses prises à un ami moins fortuné comme me le laisse à penser sa générosité ? – Plus grave : régulièrement, le soir, il rejoint son club, son « club-mouche », et rentre très tard. Que se passe-t-il dans ce genre de réunion où l’on pratiquerait, paraît-il, l’art du « fouet » et où séviraient des rois du « vice » (2) ?

Tout cela est-il habituel chez les autres membres de votre association ?

Je m’inquiète… Répondez-moi… 

Cordialement 

Marie X.

(2). vice : étau en anglais.
(1). Chère Madame, comme vous pouvez le voir ci-dessous, à l’ABPM, nous ne manquons pas de solutions…